BLOG D'ABRACADACRAFT

NUN studio

Après avoir enchanté les couturières avec les patrons C’est dimanche, Alma Fanteria, plus connue sous le nom de Sœur Alma, explore l’univers des poupées et leur consacre un livre aux éditions Marabout. Rencontre avec une créatrice à part dans l’univers du DIY. Il y a un exemplaire du livre à gagner.

Chaque couturière qui connaît C’est dimanche, connaît également votre nom de religieuse… Pouvez-vous présenter celle qui se cache derrière le nom de Sœur Alma ?

Je suis religieuse depuis 17 ans environ, dans une communauté contemplative née en 1982. Je consacre donc la plupart de mon temps entre la prière, l’étude et le travail manuel.

Avez-vous baigné dans un univers créatif dans votre enfance ?

Oui ! C’est essentiel, je pense, à tout apprentissage dès l’enfance : avoir un modèle vivant, observer des gestes répétés et partager le goût de faire de jolies choses de ses mains. C’est pour cela que je suis très heureuse de voir des mamans qui cousent : je sais que la passion se transmettra ainsi plus facilement à leurs enfants.

D’où vous vient le goût des beaux tissus et de la couture ?

De ma mère justement. Elle avait un grand panier en osier où elle mettait tous ses tissus… je n’avais pas le droit de les utiliser mais j’avais le droit de les regarder. Idem pour ses ciseaux de couture. C’est ainsi que j’ai développé le plaisir de regarder, toucher, respecter la matière et les outils avant de les transformer. Je crois que c’est essentiel aussi : cette phase de contemplation toute simple.

Comment vous êtes-vous formée au modélisme ?

Contrairement à ce que beaucoup pensent, le modélisme est une matière très hétéroclite. Il y a une part très technique (rationnelle) et une part plus expérimentale et intuitive, qui demande du "flair", de l’audace et beaucoup d’expérience. Pour cette raison, on ne peut jamais dire qu’on "est formé" au modélisme, qu’on a terminé un parcours. Même dans la partie très technique, il y a des choses à découvrir, comme dans les mathématiques expérimentales ! Donc même si j’ai suivi une formation pour le dessin technique, j’estime qu’il faut sans cesse la confronter aux nouvelles intuitions et expériences que je peux faire. Par exemple, je n’aime pas utiliser le système de gradation habituel pour l’enfant, car chaque taille est unique et demande une attention particulière.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de "C’est dimanche", depuis son lancement jusqu'à la création de "NUN studio" ?

J’ai commencé en faisant des petites robes pour bébé avec des chutes de tissu… Je me suis prise au jeu car j’aimais l’idée de faire une nouvelle version à chaque fois. Comme j’ai aussi le sens pratique, j’ai vite compris que ce ne serait pas rentable de vendre des robes uniques, à une clientèle restreinte, limitée aux visiteurs du couvent. C’est comme cela que j’ai décidé de "vendre mes idées" et de partager le travail de création/réalisation avec d’autres couturières. J’ai ensuite agrandi l’univers à celui des poupées, et NUN studio est né.

Combien étiez-vous au départ dans l’aventure ? et aujourd’hui ?

Le chiffre ne veut pas dire grand chose ! J’étais seule au départ, nous avons été jusqu’à 4 et maintenant nous sommes 3, sachant que j’ai choisi de déléguer un certain nombre de tâches à des professionnels à l’extérieur (je garde bien sûr le stylisme et le modélisme). 

Si une petite souris pénètre dans votre atelier, que va-t-elle découvrir ?

De la lumière, beaucoup de blanc, des plantes, et des piles de tissus !! Ce sont les 4 essentiels pour ma créativité.

C’est dimanche a été une petite révolution dans le monde de l’artisanat religieux... 

Il ne faut pas oublier qu’entre le 10 et le 16e siècle, les monastères ont joué un très grand rôle dans les initiatives économiques de nos pays européens. Il reste toujours quelque chose de cela dans la tradition des "retirés" du monde que sont les consacrés contemplatifs : une grande liberté, un certain recul qui permet de voir plus loin, d’être visionnaire, et donc, d’avoir sur certains points une longueur d’avance.

Le catalogue de C’est dimanche s’est rapidement étoffé et les commandes ont afflué… Avez-vous craint à un moment de vous sentir dépassée par le succès de cette aventure ou que cela puisse vous éloigner de votre vocation première ?

C’est une question que je me pose tous les jours ! Et je dois me la poser. Tout équilibre est subtil, et celui-ci doit se faire entre le rapport au travail, au monde et à Dieu. Ce n’est jamais acquis, et je n’hésite pas à changer régulièrement ma façon de travailler, les moyens mis en œuvre et les projets eux-mêmes pour préserver cet équilibre.

Vous faites partie de la communauté des Sœurs Contemplatives de Saint-Jean et avez fait le choix d’une vie de prière, de silence et de solitude… donc a priori d’un certain retrait du monde. Et paradoxalement, C’est dimanche est très ancré dans le réel, la famille, le quotidien et cela vous amène à multiplier les contacts avec vos clientes, avec vos "fans"… Comment parvenez-vous à conjuguer ces 2 vies qui paraissent si différentes ?

Par le haut ! La vocation contemplative ne consiste pas à se retirer du monde pour l’oublier, mais pour mieux le soutenir et le porter maternellement. La famille est un esprit avant tout, pas une réalisation concrète telle que nous la schématisons. J’estime que si mon travail touche telle ou telle personne, c’est bien, mais je n’en fais pas un absolu. Faire bien mon travail est une façon de prier, et de porter le monde.


Qu’aimez-vous le plus dans le processus de création d’un patron ?

J’aime tous les moments, cela dépend de chaque patron, chacun a son histoire. 

Qu’aimez-vous le plus dans votre activité avec NUN studio ?

J’aime ce moment où j’entre dans mon atelier, je me pose là et je regarde la lumière, les plantes. J’aime le travail de création et la fièvre qu’il implique. J’aime aussi tous les travaux simples et répétitifs, car ils me permettent de prier en même temps.

Est-ce qu’un type de tissu en particulier a votre préférence ?

Oui, la gaze ! Mais du coup je ne fais que la contempler, impossible de couper dedans !

Est-ce que vous pouvez nous décrire une journée typique de votre quotidien aujourd’hui ?

La journée commence tôt par la prière, un bon gros petit-déjeuner puis je prends un temps où je lis la Parole de Dieu. Ensuite, c’est un peu comme tout le monde… une matinée de travail qui se termine un peu avant midi, la Messe, un déjeuner pris rapidement, puis travail jusqu’à 17h30, petit goûter puis prière (1h30) et repas léger et rapide lui aussi, puis la soirée se passe à l’atelier, pour finir un travail commencé ou faire des choses plus basiques (ranger, couper des tissus, préparer la journée suivante, faire des commandes aux fournisseurs). J’essaie de me coucher tôt et surtout de remettre ma journée entre les mains de Celui qui s’occupe de tout !

Vos créations ont un caractère intemporel… Où puisez-vous votre inspiration ? 

Partout et nulle part… J’essaie de me mettre au courant de ce qui fait la mode, pour éviter autant que possible de faire du déjà vu, et j’essaie d’écouter en moi ce qui "reste" plusieurs mois ou plusieurs années. 


C’est dimanche a débuté par des patrons enfants… puis sont venus les patrons femmes, les tissus, et depuis 2 ans maintenant, les poupées Mademoiselle Dimanche. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’explorer ce nouveau domaine ?

Ce n’est pas nouveau pour moi, ce qui est nouveau, c’est d’en faire un point de création à part entière et de le partager à travers un livre et des kits. Les poupées sont pour moi un prolongement naturel de mon atelier, elles font partie du processus créatif, comme je l’explique dans mon livre.

Venons-en justement à votre livre "Poupées à coudre", chez Marabout. Pouvez-vous nous en parler ?

C’est un projet que m’a proposé une éditrice de Marabout. Même si j’ai toujours refusé avant ce genre de projet (pour un livre de patrons), cette fois, pour les poupées, je me suis décidée. J’avais juste envie de m’amuser et de faire ce projet de A à Z, une nouvelle expérience. La gentillesse et la douceur de l’éditrice (Pascale Caron chez Marabout) a été vraiment ce qui m’a fait accepter le projet.

C’est peut-être une façon aussi de faire connaître votre travail à un nouveau public ?

Ce n’était pas le premier but recherché, mais j’en suis heureuse, oui !

Le sous-titre "exercices de style" m’a intriguée : pouvez-vous nous l’expliquer en quelques mots ?

C’est vraiment l’esprit dans lequel j’ai créé chaque tenue : un exercice pour rentrer dans la peau d’un personnage, créer une histoire à travers une façon de s’habiller. Chaque page est donc un nouvel exercice.

La garde-robe proposée à Mademoiselle Dimanche est d’une richesse impressionnante… Angèle Dimanche serait-elle une coquette ?

Non, c’est juste quelqu’un qui aime jouer et voyager !

Quels sont vos projets et envies pour les prochains mois ?

Continuer les poupées, mais aussi reprendre les patrons phare C’est dimanche pour NUN Studio. Pour moi il y a une continuité entre les deux, je suis donc à la fois tournée vers l’avenir et désireuse de préserver tout le travail accompli.

Et si, comme toutes les fées dans les belles histoires qu’on raconte aux enfants, vous aviez un pouvoir, quel serait-il ?

Donner la capacité à chacun de savoir qu’il est aimé.

 

Merci Soeur Alma pour cet entretien. Un livre à gagner !

Abracadacraft s’associe à Marabout pour offrir à l’une d’entre vous, un exemplaire du livre "Poupée à coudre" d’Alma Fanteria. Pour participer au tirage au sort, dîtes-nous dans les commentaires ce qui vous plaît particulièrement dans l'univers de NUN studio. On joue jusqu’au vendredi 24 juin à 14 heures (heure de Paris).

EDIT du 25 juin 2016 :

Bravo à Marie Christine Herbert dont le commentaire a été tiré au sort via Random generator. Elle remporte un exemplaire du livre "Poupée à coudre". Merci à toutes pour votre participation ainsi qu’aux éditions Marabout qui nous ont permis de vous faire gagner ce livre. Le fichier du tirage au sort peut être consulté ici.

 

Copyright© Abracadacraft-2016 

Crédit photos : Nun studio, Marabout

 

par claire | 20 Juin 2016

Publier un nouveau commentaire

commentaires

Facebook Connect

CAPTCHA
Cette question permet de s'assurer que vous êtes un utilisateur humain et non un logiciel automatisé de pollupostage.